Manifestations contre la vie chère en 1911 en France

Manifestations contre la vie chère en 1911 en France

Parmi les trésors disponibles dans Gallica, bibliothèque numérique de la BnF et de ses partenaires, figure cette photographie de cuirassiers à cheval, déployés pour faire barrage à des manifestants contre la vie chère en 1911. Plus de pépites à voir sur

À la fin du mois d’août 1911, les journaux multiplient les titres sur « la croisade des ménagères », « les manifestations contre la cherté des vivres », « la grève des consommateurs ». La fronde est particulièrement vive dans le Nord-Est de la France, où les nombreuses populations ouvrières qui pendant plusieurs décennies ont connu une amélioration de leur niveau de vie, constatent désormais une augmentation des produits alimentaires tels que le sucre, le beurre, la viande, mais aussi des loyers, et peinent désormais à équilibrer leur budget. Les femmes, à qui incombent alors majoritairement les tâches ménagères, manifestent leur mécontentement et crient leurs difficultés. Elles défilent dans les rues, chantent « l ’Internationale du beurre à 15 sous », conspuent les marchands. Dans plusieurs villes, elles sont bientôt soutenues par les hommes et les syndicats. Les affrontements se multiplient entre populations modestes et commerçants. Ces derniers (comme les bouchers et les charcutiers, par exemple) excitent parfois eux aussi à une révolte contre les pouvoirs publics, jugés responsables de la crise. À Saint-Quentin (Aisne), les heurts conduisent à un pillage du marché et des magasins environnants, des barricades sont élevées, et des bagarres éclatent pendant deux jours (30 et 31 août). Les gendarmes et soldats appelés en renfort reçoivent toutes sortes de projectiles et sont copieusement insultés. Les autorités, inquiètes du modèle que peut constituer Saint-Quentin, envoient des troupes supplémentaires pour ramener le calme. Plusieurs manifestants sont interpellés, rapidement jugés et condamnés à des peines de prison.

Le photographe de l’agence Rol, missionné pour couvrir l’émeute de Saint-Quentin, a pris une série de clichés. Cette photographie, particulièrement travaillée, date du surlendemain de l’émeute : les magasins ont rouvert, les gens circulent. L’étonnement du petit chien, face aux chevaux de l’armée savamment disposés pour protéger un quartier aisé, souligne le nombre impressionnant de militaires, et donc les dispositions prises par le gouvernement pour étouffer les « révoltes contre la vie chère » de manifestants désormais absents de la scène …

Agnès Sandras, département Philosophie, Histoire, Sciences de l’homme de la BnF

Légende : Saint-Quentin, 2 septembre 1911, cuirassiers à cheval, photographie de presse, Agence Rol. BnF, département des Estampes et de la Photographie, EI-13