Alato qui pede carpis iter

Alato qui pede carpis iter

« Toi dont les pieds ailés fendent l’air… » Commençons donc par une invocation à Mercure, le dieu des voyages, qui a certainement veillé sur l’empereur Hadrien tout au long de son règne (117-138). Spécialiste de l’Antiquité, Dimitri Tilloi-d'Ambrosi, qui enseigne à Lyon III, revient, dans un ouvrage extrêmement plaisant et riche, sur l’étonnante singularité de ce prince qui a arpenté toutes les provinces, ou presque, d’un empire-monde, qui courait de l’Espagne à l’Euphrate. 


Longue de 6 m., la table de Peutinger (copie du XIIIe s.) est une carte routière antique qui couvre l’Empire. 

 

Ces voyages, perpétuels, sont d’abord un « art de gouverner », qui matérialise le dialogue entre l’empereur et les provinces – aussi périphériques fussent-elles – ainsi que la romanité triomphante, par les armes et par la culture.


Les « joyeuses entrées » médiévales – ainsi que les voyages présidentiels – doivent beaucoup à la cérémonie de l’adventus, le cérémonial antique déployé par les cités visitées pour honorer Hadrien…

La vehiculatio – le réseau de stations publiques qui jalonnent les routes – permet le déplacement de l’empereur et de son imposante suite (près de 5000 personnes, l’équivalent d’une légion !) qui fonctionne comme une administration « en marche » : au cours de ses périples, Hadrien reçoit des ambassades, tranche des litiges, rend la justice tout en se livrant à des activités qui anticipent les grands tours du XVIIIe s., qui illustrent bien le penchant intellectuel de ce prince érudit. 

 

« Il avait une telle passion pour les voyages qu’il voulait connaître sur le terrain tout ce qu’il avait lu à propos des sites du monde entier » (Histoire Auguste)

 

Mais ici encore une portée politique : la visite de monuments prestigieux – qu’il s’agisse de sa chère Athènes ou du tombeau d’Alexandre – met en valeur la culture gréco-latine de l’Empire (Paul Veyne parlait d’un « empire gréco-romain »). Se rendre sur des sites naturels hors du commun permet de magnifier les liens unissant l’empereur aux dieux : on pense au Nil (Antinoüs s’est-il livré à un suicide rituel pour assurer la longévité de son cher maître ?) et aux sommets de montagnes, qui soulignent la proximité d’Hadrien avec Sol, la divinité solaire qui connaît un succès croissant à partir du IIe s. 

Pour les cités visitées, c’est en tout cas l’assurance de bénéficier des largesses impériales : prise en charge des travaux de restauration après un séisme, promotions juridiques et, plus généralement, embellissement de la ville par l’érection de monuments de prestige. Cet évergétisme s’exprime en particulier par l’attention portée par l’empereur aux aqueducs et aux thermes : la maîtrise de l’eau acquiert ici une dimension symbolique et politique, qui matérialise « les bienfaits que l’empereur peut accorder au plus grand nombre ». 


En effet, si Hadrien incarne le « souverain de la romanité », quoi de plus romain que les plaisirs du thermalisme ? Et c’est une Japonaise qui, avec un superbe et original manga, Thermae Romae, célèbre Hadrien ainsi que les civilisations balnéaires romaine et japonaise. 

Sous le règne d’Hadrien, Lucius Modestus, un jeune architecte, lors d’une séance dans des thermes de Rome, est projeté dans des allers et retours temporels entre la Cité Éternelle et les onsen (bains thermaux japonais) du XXIe s. De ses voyages dans notre temps, il puise des inspirations qui bien vite, attirent l’attention d’Hadrien. La talentueuse mangaka brosse un portrait de l’empereur inspiré des écrits de Marguerite Duras et ce prince éclairé puise dans la sérénité du thermalisme sa volonté d’établir la pax romana. Et on retrouve ici, non sans amusement, toute la place que Dimitri Tilloi-d'Ambrosi accorde à la maîtrise des eaux par le pouvoir impérial... 

 


Les Voyages d’Hadrien : Sur les traces de l'empereur nomade, par Dimitri Tilloi D'Ambrosi (Arkhè, 2020, 204 p., 19 euros)


Thermae Romae, l’intégrale, par Mari Yamazaki (Casterman, trois vols., 2013-2014, 25 euros chaque).


Music of Ancient Rome (Vol. II, instruments à cordes), par Synaulia (CD, Amiata, 2002).

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